Comparer deux scénarios de prévisionnel : la méthode pour décider
Comparer deux scénarios, c’est faire tourner le même prévisionnel avec deux jeux d’hypothèses et lire l’écart sur les quelques chiffres qui décident : la trésorerie au point bas, le résultat, l’endettement et la valeur de l’entreprise. Un comparatif utile part d’une base commune tirée des comptes réels, change peu d’hypothèses à la fois et explique d’où vient chaque écart.
Voyez des scénarios comparés sur une entreprise réelle, ou construisez les vôtres sur vos propres chiffres.
Deux familles de scénarios
On mélange souvent deux questions différentes, qu’il vaut mieux séparer :
- Les scénarios d’environnement décrivent ce qui peut vous arriver : une base qui prolonge la tendance de vos comptes, un scénario prudent (ventes en retrait, clients qui paient plus tard), un scénario ambitieux. Vous ne les choisissez pas.
- Les scénarios de décision décrivent ce que vous pouvez faire : investir ou non, embaucher maintenant ou dans six mois, payer comptant ou emprunter, verser un dividende ou le garder. Ce sont eux que vous comparez pour choisir.
Une bonne décision est celle qui tient dans plusieurs environnements, pas seulement dans le plus favorable.
Les règles d’un comparatif qui sert
- Un même point de départ : les comptes réels des derniers exercices, prolongés. Deux scénarios bâtis sur deux bases différentes ne se comparent pas.
- Une différence à la fois : chaque scénario de décision ne change que ce qu’il teste. Si tout bouge en même temps, on ne sait plus ce qui crée l’écart.
- Des noms parlants : « Machine financée par emprunt » se relit dans trois mois, « Scénario 2 » non.
- Mois par mois : deux scénarios peuvent finir l’année au même niveau de trésorerie et avoir des creux très différents en cours de route.
- Trois ou quatre scénarios au plus : au-delà, le comparatif ne se lit plus, et la décision se dilue.
Les chiffres à mettre côte à côte
| Chiffre | Ce qu’il dit | Le piège |
|---|---|---|
| Point bas de trésorerie et sa date | Si la décision passe sans financement, et quand ça se joue | Regarder seulement la trésorerie de fin d’année |
| Chiffre d’affaires et EBE | Ce que la décision rapporte à l’exploitation | Comparer le chiffre d’affaires sans la marge |
| Résultat net | L’effet après amortissements, intérêts et impôt | Oublier qu’un investissement s’amortit sur plusieurs années |
| Endettement | Ce que la décision engage, et la marge pour emprunter ensuite | Ne voir que la mensualité, pas le capital restant dû |
| Valeur de l’entreprise | Si la décision crée de la valeur, au-delà de l’année | La juger sur un seul exercice |
Expliquer l’écart : le pont de trésorerie
Un écart de trésorerie entre deux scénarios se décompose toujours en quelques blocs : l’exploitation, le besoin en fonds de roulement, les investissements, le financement et l’impôt. Exemple illustratif, sur la trésorerie de fin d’année, pour un scénario « machine financée par emprunt » face à la base :
| D’où vient l’écart | k€ |
|---|---|
| Achat de la machine | −150 |
| EBE supplémentaire produit par la machine | +60 |
| Hausse du besoin en fonds de roulement (plus de ventes) | −20 |
| Emprunt débloqué | +120 |
| Échéances de l’emprunt | −25 |
| Impôt supplémentaire | −10 |
| Écart de trésorerie face à la base | −25 |
Lu ainsi, l’écart n’est plus un chiffre brut : on voit que la machine se paie en partie dès la première année, et que l’emprunt porte le reste.
Croiser décisions et environnements
Le comparatif le plus parlant croise vos options avec deux environnements. Exemple illustratif, point bas de trésorerie de l’année en k€, avec un seuil de sécurité de 100 k€ :
| Décision | Base | Prudent |
|---|---|---|
| Ne pas investir | 420 | 180 |
| Machine financée par emprunt | 360 | 120 |
| Machine payée comptant | 270 | 30 |
Les erreurs fréquentes
- Prendre le scénario ambitieux comme base : la base prolonge ce que disent les comptes, pas ce qu’on espère.
- Des scénarios qui changent tout à la fois : l’écart devient inexplicable.
- Comparer à l’année : le creux de trésorerie disparaît dans la moyenne.
- Des scénarios figés : à chaque nouvelle situation comptable, la base change ; les scénarios doivent repartir d’elle.
- Oublier le scénario prudent : c’est lui qui dit si la décision est robuste. Pour doser ses chocs, voir le stress-test de trésorerie.
Dans Streamiku, chaque scénario part du prévisionnel tiré de vos comptes (le fichier que votre logiciel comptable exporte suffit) et garde ses propres hypothèses : croissance, embauche, investissement, emprunt, dividende, délais de paiement. Trois scénarios types se créent en un geste : « Stress sévère », « Crise » et « Plan ambitieux ». La vue « Comparer » met deux scénarios face à face, ligne par ligne et mois par mois, et le pont « face à la base » montre d’où vient l’écart de trésorerie ; sur l’accueil du dossier, chaque scénario résume sa valeur, son chiffre d’affaires, son EBE et sa trésorerie. Calcul dans votre navigateur ; essai sans compte.
Questions fréquentes
Comment comparer deux scénarios de prévisionnel ?
En partant de la même base, tirée des comptes réels, et en ne changeant que les hypothèses testées. On compare ensuite, mois par mois, le point bas de trésorerie, l’EBE, le résultat, l’endettement et la valeur de l’entreprise, puis on explique l’écart de trésorerie bloc par bloc : exploitation, besoin en fonds de roulement, investissements, financement et impôt.
Quels scénarios faire dans un prévisionnel ?
Une base qui prolonge la tendance des comptes, un scénario prudent (ventes en retrait, clients qui paient plus tard) et, si utile, un scénario ambitieux. À côté, un scénario par décision envisagée : investir ou non, embaucher maintenant ou plus tard, payer comptant ou emprunter.
Combien de scénarios faut-il comparer ?
Trois ou quatre au plus. Au-delà, le comparatif ne se lit plus. Mieux vaut peu de scénarios bien nommés, qui ne diffèrent que par ce qu’ils testent.
Quelle différence entre un scénario et un stress-test ?
Un scénario décrit une situation complète, souvent une décision, que l’on compare à la base. Un stress-test applique un choc sévère à un scénario pour vérifier qu’il tient. Les deux se combinent : une bonne décision est celle qui tient aussi dans le scénario prudent.
Faut-il un scénario pessimiste et un scénario optimiste ?
Un scénario prudent est indispensable : c’est lui qui dit si une décision est robuste. Un scénario optimiste est utile pour mesurer le potentiel, mais il ne doit jamais servir de base.
À lire aussi : le stress-test de trésorerie, puis-je embaucher ?, le prévisionnel pour la banque et le prévisionnel de trésorerie.